Histoire de la municipalité

L’histoire de la municipalité du Canton de Shefford fut profondément marquée par les guerres et les grandes crises internationales. Les nombreux loyalistes qui s’y établirent au cours de la guerre d’indépendance façonnèrent un premier volet historique.

Pour découvrir toutes les subtilités de cet héritage, poursuivez votre lecture; vous serez à même de constater comment la culture et l’architecture du territoire en sont un vibrant témoignage.

Une histoire dictée par les crises internationales

Curieuse genèse que celle de l’histoire du Canton de Shefford. Dernière étincelle d’un brasier qui prit naissance en Europe, elle laisse aujourd’hui peu de monuments ou de traces. Du moins sur le territoire même de Shefford.

D’abord lieu de refuge pour des familles américaines en exil, parfois pour cause de loyalisme à l’endroit de la Couronne britannique, parfois pour simple tiédeur à l’endroit des institutions de la nouvelle république américaine, le Canton de Shefford et son centre urbain Waterloo, perdront graduellement leurs assises anglaises et protestantes.

Aujourd’hui, le territoire est occupé très majoritairement par des francophones dont le rapport au sol, à l’industrie et au commerce est fort différent de leurs prédécesseurs.

Le Canton de Shefford vit actuellement l’ultime désagrégation de la culture institutionnelle léguée par les colons dits loyalistes. Ce ne sont pas tant les institutions qui sont mises à mal, que les attentes culturelles à l’endroit de ces institutions.

Mais revenons à cette étrange histoire où Frédéric II le Grand, Beaumarchais, Napoléon, Madison, le Patriote Nelson, auront leur part.

L'échiquier européen

Une suite d’événements historiques majeurs se dérouleront au cours du 18e siècle, en Europe et en Amérique. Guerre de Sept ans, Conquête, révolte américaine, il suffira de cinquante années pour que naisse, de rivalités européennes, l’humble hameau de Shefford.

Louis XV le Bien-Aimé, roi de France (1715-1774), engagea, dès 1733, son pays dans une suite de conflits armés dont l’enjeu, au départ, était le contrôle de la Couronne de Pologne.

Homme politique et militaire habile, Frédéric II le Grand ou l’Unique (1712-1786), tire profit des luttes incessantes qui marquent le siècle. Roi de Prusse, il occupe la Silésie en 1741 et ne cesse de nourrir des projets d’expansion.

En 1756, la France déclare la guerre à la Prusse, avec la Silésie comme toile de fond.

La Prusse fait alliance avec l’Angleterre. Les combats de la guerre de Sept ans sont d’abord limités au continent. De retraites précipitées en courses folles, les troupes françaises s’épuisent à suivre Frédéric II. Voyant cet état de faiblesse, l’Angleterre décide de porter un coup fatal à son vieil ennemi français en attaquant ses colonies, dont le Québec.

La conquête

Pour les Canadiens, la Guerre de Sept ans portera le nom de Guerre de Conquête.

La marine française ne fait pas le poids. L’Angleterre gagnera la guerre sur mer. Québec capitule en septembre 1759 et subit l’occupation anglaise. Un traité de paix est signé en 1763 et sera connu sous le nom de Traité de Paris. La France ne conservera que Saint-Pierre et Miquelon en territoire américain.

La politique coloniale anglaise fait preuve de souplesse. Le droit français reste en vigueur, la liberté de culte est proclamée.

La bourgeoisie locale connaît cependant un certain recul. Le commerce est maintenant orienté vers les réseaux d’affaires britanniques. Le commerce d’importation et d’exportation, l’industrie en général passe aux mains des anglais. Seul le commerce de détail s’offre vraiment à l’élite québécoise comme espace économique.

Les Québécois font corps autour de leurs institutions religieuses, ce qui, du point de vue de l’occupation du territoire se traduit par la présence centrale d’une église et d’un presbytère. La vie communautaire se développera autour de ce pôle. Composée en bonne partie d’agriculteurs, la société québécoise trouve dans ce mode de développement une façon harmonieuse pour occuper le territoire tout en comptant sur une autorité morale et spirituelle de proximité.

Les nouveaux maîtres du territoire se regroupent près des ports, des lieux de transformation de la matière comme les moulins et les distilleries, des villes plus importantes où le négoce des denrées est possible. La société anglaise se superpose à celle des canadiens, sans en épouser les contours, ni le mode d’occupation du territoire. Si le Québécois a besoin du village pour survivre, l’Anglais cherche surtout à s’établir près d’une ressource naturelle exploitable.

Shefford n’existe toujours pas. Mais comme le territoire en question est vierge et n’est traversé que par des bandes indiennes, la question du mode d’occupation du territoire ne se pose pas.

Pour la compréhension de ce qu’est Shefford actuellement, cet état de fait est fondamental. Le mode d’occupation et de développement du territoire ne portera pas la marque caractéristique du paysage québécois lorsque des loyalistes viendront s’établir trente ans après la conquête.

L'insurrection américaine

La guerre de Sept ans a coûté cher aux belligérants. L’Angleterre cherche à regarnir son trésor et les colonies sont mises à contribution. On compte alors treize colonies distinctes sur le territoire qui allaient devenir les États-Unis. La multiplication des taxes sur les biens de consommation exaspère les colons. Le Boston Tea Party, marque la rupture entre les coloniaux et la mère patrie. La nation américaine prend forme et réclame son indépendance.

S’engage alors en 1775 une longue lutte armée. L’armée continentale, menée par Georges Washington est mise à mal par les forces britanniques dirigées par Lord Cornwallis.

Au sein de la population américaine, des clans se dessinent. Ceux qui sont favorables au maintien du statut de colonie doivent prendre les armes en compagnie des Britanniques. Ce sont les loyalistes. Leur destin sera intimement lié à la conclusion de la guerre d’indépendance.

Les insurgés américains manquent d’armes, de munitions et d’hommes. C’est un homme de lettre français haut en couleur, l’auteur du Barbier de Séville et du Mariage de Figaro, Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1732-1799), qui servira de paravent à Louis XVI pour alimenter la nouvelle république américaine en armes et matériel.

Puis les troupes françaises viendront prêter main forte aux insurgés. En octobre 1781, alors que Lord Cornwallis est cantonné à Yorktown pour recevoir des troupes fraîches et du matériel pour terminer sa longue marche victorieuse contre les troupes continentales, il voit venir au loin, non pas les renforts britanniques, mais des navires de guerre français. Washington a placé sa faible armée sur les hauteurs et bombarde les positions britanniques. Les contre-attaques sont aussi inutiles que coûteuses en hommes. Coincé, Cornwallis capitule.

La diaspora loyaliste

La défaite de l’Angleterre aura des conséquences terribles pour les loyalistes. Ils doivent abandonner terres et propriétés pour l’exil. Plus de 32 000 Américains loyalistes quittent New York pour la Nouvelle-Écosse. On en compte 13 000 en route pour le Québec. Le Canada devra accueillir ainsi 50 000 réfugiés. Le Canada compte alors un peu plus de 70 000 habitants. Les autorités britanniques doivent trouver des terres pour ces nouveaux venus.

La Nouvelle-Écosse reçoit le gros de ce contingent. La société loyaliste en exil prend forme. Le poids démographique des nouveaux venus entraîne des conflits politiques en Nouvelle-Écosse. On séparera ce territoire en deux pour permettre aux loyalistes d’avoir le contrôle entier sur un territoire déterminé. C’est ainsi qu’est né le Nouveau-Brunswick.

Au Québec, les dirigeants britanniques craignent des confrontations si les loyalistes arrivent en grand nombre dans les campagnes francophones. Le Gouverneur Haldimand incite donc les nouveaux venus à s’établir dans le Haut-Canada, ce qui deviendra, plus tard, l’Ontario. À l’époque le territoire est connu comme étant celui du Québec et le droit français s’applique, de même que le régime seigneurial classique. Les nouveaux colons sont mécontents de ce régime de droit qui laisse moins de place à l’initiative des individus.

Pour éviter de nouvelles frictions avec leurs turbulents voisins, les Britanniques évitent de peupler les zones frontalières de Loyalistes. C’est pourquoi l’occupation du territoire de Shefford par des Loyalistes fut différée de quelques années.

John Savage

Le Capitaine John Savage fut contraint de quitter les États-Unis après la capitulation de Cornwallis. Selon sa version des faits, John Savage aurait servi comme volontaire au sein des forces loyalistes. Il fut capturé et emprisonné à Albany. Il s’échappa et rejoignit l’armée à New York. Fait de nouveau prisonnier, il fut relâché à la fin du conflit. Il alla s’établir à Caldwell’s Manor, aujourd’hui Noyan, dans le Haut-Richelieu.

La frontière avec les États-Unis ne sera définitivement fixée qu’en 1842 pour ce qui est du Haut-Richelieu. Il n’est donc pas surprenant de voir Savage se plaindre du harcèlement du Colonel Ethan Allen, un célèbre militaire et politicien américain qui cherche, jusqu’à sa mort en 1789, à obtenir l’indépendance pour le Vermont (indépendance au sein de la nouvelle fédération américaine). Savage refusant de prêter serment d’allégeance aux États-Unis, il est soumis à diverses pressions pour quitter l’endroit.

Il se dirige vers West Shefford, aujourd’hui Bromont. Il s’installe, en 1792, avant même d’avoir obtenu l’autorisation qui lui parviendra uniquement en 1801.

À cette époque, les exilés loyalistes pouvaient présenter une requête pour occuper un territoire appartenant à la Couronne. Il fallait démontrer avoir subi des pertes pour cause de sa loyauté à l’endroit de la Couronne. Il fallait former un groupe de colons qui prêtaient serment d’allégeance et promettaient de développer le coin de terre qu’on allait leur confier. Le chef de groupe (John Savage), se voyait remettre certaines terres par le gouvernement et d’autres par ses associés. Cependant, il avait la responsabilité de faire ouvrir des chemins à ses frais, de bâtir moulin et surveiller le canton. Ce système respectait la forme traditionnelle des seigneuries sans pour autant en être.

Ce n’est que le 14 février 1801 que la charte du Canton de Shefford sera signée par Robert Shore Milnes, Lieutenant-gouverneneur pour le Bas-Canada. Ce qui n’avait nullement empêché Savage et ses compagnons d’arpenter le canton, d’ouvrir un chemin vers Saint-Jean, puis vers Sutton.

Le grand ennemi des premiers habitants de Shefford est minuscule, ce sont les maringouins et les mouches noires. Les lieux sont infestés et plusieurs vivent un véritable martyre. Moins constants, mais néanmoins très dangereux, les loups constituent un problème majeur pour le fermier.

Le bureau de poste le plus près est au Vermont. Il faut plusieurs jours de marche pour atteindre un village digne de ce nom. La production agricole est mince et suffit à peine aux besoins locaux. Il y a peu de choses à vendre sur les marchés agricoles. La petite colonie s’organise péniblement.

Guerres napoléoniennes

Curieux retour des choses, c’est un événement européen qui ouvrira un lucratif marché aux colons de Shefford. En 1806, Napoléon organise le blocus de l’Angleterre et les États-Unis y vont d’un embargo. Les Britanniques doivent donc trouver au Canada le bois et la potasse nécessaires au fonctionnement de leurs industries. Les prix augmentent. Tant et si bien qu’il n’est pas inutile de prendre deux semaines pour aller livrer sur le marché de Montréal la potasse qu’on peut produire en brûlant les arbres abattus pour le défrichement de la terre.

Le chemin est long et périlleux pour passer de Shefford à Montréal, la traversée du fleuve se fait au rythme des humeurs de dame nature sur des bateaux passeurs.

Napoléon fera les beaux jours des résidants de Shefford.

La guerre de 1812

Les guerres de Napoléon imposent un effort important à la marine britannique. Il devient difficile de composer des équipages formés de volontaires. Il faut rechercher les fuyards et parfois forcer un peu l’enrôlement.

Les navires de guerre britanniques patrouillent l’Atlantique à la recherche de navires qui transportent de la marchandise pour la France. Ils arraisonnent régulièrement des bateaux américains sous prétexte de rechercher des déserteurs.

La multiplication de ces gestes irrite l’opinion publique américaine. Le 12 juin 1812, le président américain, James Madison, déclare la guerre à la Grande-Bretagne. L’invasion du Canada est donc à l’ordre du jour.

Mais l’armée américaine n’est pas préparée et mal équipée. Du côté britannique, il est difficile de concentrer des troupes en Amérique alors que la demande est si forte en Europe.

Ce sont donc des miliciens et les troupes régulières canadiennes qui devront assumer la défense du pays. En théorie, les Américains peuvent compter sur une population et une armée beaucoup plus imposantes. En réalité, le nombre de soldats d’expérience et armés convenablement est d’environ 12 000 hommes.

La défaite de Napoléon en 1814 permet l’envoi de 14 000 militaires britanniques au Canada. Les Américains ne peuvent mener leur projet à terme et acceptent de mettre fin au conflit en 1814.

John Savage était capitaine du deuxième bataillon de la milice des Cantons-de-l’Est en 1805. L’état actuel de nos recherches ne nous permet pas de déterminer s’il a pris part aux combats. Mais chose certaine, ces anciens combattants américains devaient être sur un pied d’alerte.

La révolte des Patriotes

En 1837 débute la révolte des Patriotes. Galvanisés par Papineau, des groupes armés s’organisent pour repousser les militaires britanniques appelés à rétablir l’ordre.

La défaite militaire sera vite consommée. Le docteur Wolfred Nelson (1791-1863) fait partie des insurgés. Après avoir battu les troupes de Gore à Saint-Denis le 22 novembre 1837, il tente de fuir aux États-Unis.

En route pour la frontière, il fait halte à Shefford. Il est vite repéré, traqué et arrêté par la milice locale. Exilé aux Bermudes, il revient rapidement sur le territoire américain, plus exactement Burlington, où les dirigeants du mouvement des frères chasseurs se préparaient à envahir le Canada.

C’est le frère de Wolfred, Robert Nelson, qui organisa une invasion qui fut de courte durée, après quelques batailles autour de Lacolle et Odeltown. Néanmoins, c’est sur le territoire québécois qu’il prononça la seule déclaration d’indépendance du Bas-Canada.

Pendant cette crise politique, la Ville de Waterloo servit de refuge pour de nombreux bourgeois francophones comme anglophones.

La guerre de sécession

La guerre de sécession américaine (1861-1865) sera l’occasion de nouvelles craintes. La Grande-Bretagne avait pris partie pour le Sud. On craignait maintenant de voir l’armée aguerrie du Nord se retourner contre le Canada.

L’idée de la confédération canadienne fait rapidement son chemin, comme moyen politique pour répondre à la menace américaine. Des milices sont formées de nouveau. Le 79e bataillon de Shefford (Highlanders) est formé en 1872 et rejoindra les rangs du 13th Scottish Light Dragoons, créé en 1866 et démobilisé en 1936.

Le déclin loyaliste

Si les premiers colons de Shefford sont des agriculteurs, une deuxième vague déferle vers 1810 et est composée de gens d’affaires et d’industriels. On développe alors un centre urbain, Waterloo, qui offre des possibilités pour le commerce du bois. Mais ce n’est pas une dynamique de croissance liée au développement de l’agriculture. Waterloo développe sa propre économie sur le territoire du Canton de Shefford, mais sans être une conséquence du développement du Canton comme tel. Les deux vagues d’immigrants américains occupent des espaces superposés mais distincts. Les pré-révolutionnaires occupent la campagne et les post-révolutionnaires, la ville.

En 1840, la population des Cantons-de-l’Est est aux deux tiers anglophone, avec une proportion de plus en plus marquée d’Américains lorsqu’on approche de la frontière. Malgré les différences entre les populations loyalistes, américaines et britanniques de souche, une certaine apparence d’unité est fondée sur la langue. Pour les francophones, il y a un bloc anglo-protestant avec ses institutions et son mode de vie.

Les francophones entreprennent un mouvement migratoire ponctué par les crises économiques qui les obligent à chercher de nouvelles terres ou du travail en usine. Les Cantons-de-l’Est font partie des territoires colonisés. On note aussi un mouvement de retour pour certaines familles loyalistes qui voient dans la colonisation du midwest de belles possibilités.

La part relative des loyalistes au sein de la population totale ne cessera de décroître depuis cette époque.

Un premier choc culturel a marqué l’intégration des Loyalistes au sein de la société anglophone canadienne. Les américains traînent avec eux une culture égalitaire et individualiste qui tranche avec le sens de la hiérarchie et la centralisation du pouvoir que pratiquent les Canadiens anglophones.

Le secteur industriel sera développé à Waterloo et Granby apportant certes un marché de proximité pour la production agricole et permettant ainsi une plus grande richesse pour les colons devenus producteurs agricoles. Mais le monde agricole garde son autonomie avec sa propre structure municipale et ses pratiques religieuses identifiées aux églises évangéliques.

Malgré le passage du temps, les déplacements de population, l’industrialisation, les changements démographiques, des traits culturels issus des premiers colons loyalistes persistent.

  • Chaque famille est autonome et responsable de sa survie.
  • L’entraide est affaire d’individus et non d’institutions.
  • L’endettement pour réaliser des travaux collectifs est désapprouvé.
  • La vraie liberté passe par la possession de la terre et l’autonomie personnelle.
  • Les institutions religieuses comme publiques s’imposent par l’adhésion des esprits et non pas leurs structures physiques et leurs bureaucraties.

Le paysage de Shefford est marqué par cette réalité culturelle. En fait, le paysage du Canton est une pure production culturelle. Pas de place publique où se regrouperait l’église, la mairie et les institutions d’enseignement. On a préservé le couvert végétal sur la montagne. Le développement résidentiel, sauf exception, reste calqué sur un modèle de faible densification.

Un monde qui disparaît

Comme on l’a vu, la dynamique du développement du Canton de Shefford prend sa source dans les retombées d’événements historiques qui ont déposé sur ce territoire un pan de société pré-industrielle, pas vraiment britannique, nourrie par une culture propre au colon-explorateur américain. Cette société n’a pas subi l’emprise du mode de production esclavagiste et ses conséquences de 1860.

Légèrement en retrait de la société civile dominante, les Loyalistes de Shefford s’adapteront à la modernisation apportée par l’industrialisation de Waterloo, sans pour autant s’y fondre.

La pression urbaine fait cependant son œuvre. La demande pour la construction domiciliaire en rangée en des régions offrant des paysages préservés, avec à la carte un taux de taxation très bas, trouve à Shefford un terrain de prédilection. C’est l’héritage loyaliste qui est commercialisé et mis en marché.

Un premier épisode de densification urbaine annonce vite la couleur des changements à venir. Les maisons en rangée sont incompatibles avec l’idée d’autonomie des familles. Il faut des équipements collectifs pour pallier la faiblesse des ressources personnelles. La concentration résidentielle exige aussi le recours à des équipements collectifs pour assurer l’approvisionnement en eau potable, une nécessité assumée jusqu’à ce jour par chacune des familles du Canton.

L’institution municipale prend alors une importance accrue. On attend et on exige de la municipalité une approche plus urbaine, calquée sur les structures modernes dominantes. La pensée loyaliste traditionnelle ne peut survivre à un tel mouvement.

Néanmoins, le développement domiciliaire qui a marqué le Québec des trente dernières années reste limité sur le territoire de Shefford. Des mesures ont été prises pour éviter une concentration qui est trop exigeante en termes environnementaux et fiscaux. La croissance est constante, mais elle est le fait de citadins qui, pour leur retraite, cherchent un milieu de vie dit nature ou encore de jeunes familles qui cherche un havre pour s’installer. On assiste donc à la naissance d’un mouvement de protection du paysage loyaliste, ce qui passe par une pratique de certains traits culturels loyalistes. C’est ainsi que l’héritage loyaliste est dorénavant partagé par des familles de diverses origines et que les vertus loyalistes se pratiquent maintenant aussi bien en français qu’en anglais.

L’historique a été réalisé par Gaétan Nadeau, 2001.